Développement Durable Et Lutte Contre L'Echec Scolaire.

Publié le par CapaSH

Angoulème, mercredi 24 mai
Lycée de l'Image et du Son (LISA)
A l'intention des Professeurs des écoles stagiaires.
Conférence organisée par l'IUFM d'Angoulême et l'Inspection Académique.


Albert Jacquard nous a fait l'honneur d'une conférence dont l'objet est cité en titre de ce post. Il peut paraître peu probable, de prime abord, que des liens puissent être trouvés entre ces deux axes de réflexion que sont la lutte contre l'échec scolaire et le développement durable. Pourtant, le lien, aussi fin et aussi subtile soit-il, existe.

Je ne proposerai pas de plan parce que la conférence n'était pas vraiment structurée. Les passages que vous trouverez en italique sont les mots prononcés par notre conférencier. Je me suis appliqué à essayer de lier ces idées de façon assez simple et claire.


L'humanité et le monde :


L'humanité subit depuis un peu plus d'un siècle des mutations très rapides et brutales. La population mondiale a quadruplé en un siècle. Alors que nous étions environs 250 millions du temps du Christ, nous étions 1,600 milliard au début du vingtième siècle pour nous retrouver à plus de 6,5 milliards en 2005. Si l'on en croit les prévisions, en 2050 nous ne serons pas loin de 10 milliards sur Terre. Les études visant à évaluer les capacités nourricières de la planète montrent que la Terre pourrait pourvoir aux besoins d'environs 15 milliards d'individus. Conclusion : Il y a trop de monde sur Terre. Mais ceux qui sont de trop ne sont pas ceux que l'on relègue au banc de la société. Ce ne sont pas les gens des favelas, ni ceux qui vivent sur les trottoirs de l'Inde. Non. Ceux qui sont de trop, ce sont nous, les habitants des pays "développés", avec notre consommation, notre carburant et nos déchets. Que faut-il faire ? Il faut proposer une autre façon de vivre. Mettre en place un autre rapport au monde.

Lorsque Paul Valéry disait :" Le temps du monde fini commence", il voulait dire que les mutations les plus importantes de cette planète ont été vécues et il faut maintenant se comporter autrement si l'on ne veut pas courir droit à la catastrophe. Nous sommes offusqués d'entendre nos politiques venter les chiffres de la croissance : + 3% cette année. Mais ces 3% ajoutés aux 3% de l'an prochain, et ainsi de suite jusqu'en 2050, c'est bien trop pour ce que peut supporter le monde. La croissance est comparable à la prise d'une drogue. La première fois, c'est bien, la deuxième aussi, mais de fil en aiguille on entre dans une tourmente qui va de mal en pis. Il faut donc se réveiller avant d'en arriver là. Oublier les vertiges de la croissance pour revenir à un rythme dont l'humanité a besoin pour continuer d'exister dans de bonnes conditions sur cette planète.


Il faut donc apprendre à se regarder d'une autre manière. Aimer l'humanité, aimer l'autre pour avoir envie que cela dure. Pour cela, il faut que je change mon regard sur moi-même. Qui suis-je ? Je suis une merveille. Pour arriver au stade où je suis aujourd'hui, il a fallu 15 millions d'années. 15 millions d'années pour faire de moi un être humain du 21ème siècle. Pour que cela dure et ait un sens, je dois oeuvrer sans relâche avec les autres membres de cette communauté merveilleuse à la construction du surhomme. Qu'est-ce que le surhomme ? C'est ce qui fait qu'à plusieurs on fait ce que je ne peux faire tout seul. Le tout est plus que la somme des parties. Il ne suffit pas de mettre onze joueurs pour faire une équipe de foot. Encore faut-il que ceux-ci aient un lien entre eux. Ils créent ce lien en s'entraînant, en apprenant à se connaître, en étant complémentaires. Ainsi, nous arrivons à la construction de ce surhomme en nous liant aux autres en recherchant ce qu'ils ont à nous apporter et en leur proposant quelque chose. J'ai besoin des autres pour être moi.


Cette prise de conscience me conduit à raisonner autrement à l'idée d'appartenance à cette planète. Le développement durable, renouveler les énergies, recycler ce qui peut l'être, trier les déchets m'aident à me voir comme faisant partie d'un tout car je participe à l'entretien du monde. Parce que ce lien existe, je peux contribuer à construire demain.


La finalité de l'école.


La finalité de l'école c'est la mise en place de ce lien, c'est la rencontre. Il faut prendre conscience que lorsque tu me vois, tu ne vois que mon support physique. Ce qui fait que je suis moi, ce sont les liens que j'ai tissés tout au long de ma vie. Il faut que les enfants prennent conscience de cela et c'est le rôle de l'école de le leur apprendre. Je suis des liens, je ne suis que liens. Si j'apprends à lire, ce n'est pas pour avoir des diplômes, envisager une classe prépa et trouver un métier. Ce n'est pas pour les notes. C'est dérisoire les notes. Si j'apprends à lire, c'est pour aller à la rencontre de ceux qui ont écrit. C'est ça qui est important. Pour aller rencontrer Victor Hugo, Baudelaire, Rabelais, Sartre... Le lien, la clé est dans le lien. L'enseignant en se fixant cet objectif va certes devoir respecter des programmes, mais surtout va conduire l'élève à entrevoir autre chose. "On n'enseigne pas ce que l'on sait, on enseigne ce que l'on est" (Jean Jaurès). Dans notre façon d'enseigner, en réhabilitant l'erreur, car on se construit par l'erreur, les artistes créent des chef d'oeuvres à partir d'une erreur... quelque soit le contenu enseigné, nous véhiculons nos valeurs. Et il est urgent que nous prenions conscience de notre responsabilité à cet égard.

Le tissage du lien nous conduit en toute logique à ne plus pouvoir raisonner en terme d'appartenance ou de pays d'origine.  Les cicatrices de l'histoire que sont les frontières, c'est fini!santé devienne planétaire. Un individu qui est malade, où qu'il soit, doit se voir prodiguer des soins. Il nous faut plaider, par exemple, pour que la

De même lorsqu'on a en face de soi un délinquant, on n'est pas en face de LA délinquance, mais d'un être humain, qui a commis une faute.

C'est entre 0 et 10 ans que se joue l'essentiel de cette construction chez l'enfant. Si l'on applique le principe du logarithme (je ne suis pas matheux, les puristes n'en tiendront pas rigueur, voire, me corrigeront, il n'y a aucun problème), d'après ce que j'en ai compris, les années ne peuvent pas se comparer telles quelles. De 1 à 10 ans il y a une puissance de 10 (1x10 = 10 - 10 x 10 = 100). S'il on applique ce principe, entre 1 et 10 ans l'enfant vit la même chose qu'une personne entre 10 et 100 ans. Ce qui fait de cette période une aventure humaine extraordinaire dont il convient de prendre soin. Vu comme cela, l'enfant ne peut plus être vu de la même manière. On doit l'envisager autrement. Faire attention à ce qu'on dit, ce qu'on fait et ne pas le sous-estimer.


Compétition VS. émulation :

 
Ce qu'est un enfant c'est l'ensemble des liens qu'il tisse avec les autres. Il faut éliminer la compétition, lui préférer l'émulation. La compétition véhicule des valeurs qui valident l'idée que l'on a besoin d'un plus faible pour être fort. Quelque soit le prix de cette récompense, je suis prêt à le payer. Lorsque je suis en compétition, je suis prêt à tricher pour gagner, pour être le meilleur. Rendons-nous compte qu'aux Jeux Olympiques, le quatrième à l'arrivée d'une course pleure parce qu'il n'est pas sur le podium. Le quatrième coureur mondial ! C'est pourtant une performance extraordinaire ! Mais il pleure. Les systèmes d'évaluation que sont les notes préparent les enfants à un monde de compétition, de rendement, d'efficacité et de production. Ils ne contribuent pas à donner un vrai sens aux apprentissages. On n'apprend que pour être le meilleur, pour passer en classe supérieure, pour obtenir des diplômes et prendre la meilleure place possible dans la société. Je n'aurai le sentiment d'avoir une meilleure place que mon voisin que si celui-ci a effectivement moins bien réussi que moi. Cela est-il satisfaisant ? Non. L'école ne devrait pas promouvoir la compétition car, ce faisant, elle exclue d'office les moins armés, qui n'auront d'autre choix que de se réfugier dans le rejet scolaire pour se sentir exister puisque l'école nie leur existence. L'école doit tisser des liens, pas les rompre. Pour cela, il faut supprimer les podiums, supprimer les hymnes nationaux et proposer une alternative : l'émulation.

L'émulation c'est être content de trouver quelqu'un de plus fort que soit. "Tu cours plus vite que moi, tant mieux, tu vas m'apprendre et grâce à toi je vais progresser". Pour illustrer l'absurdité de la compétition nous prendrons l'exemple des concours. Jacquard a réussi le concours polytechnique à Paris. "Nous étions 300 admis sur 3000 candidats. Cela ne veut pas dire que nous étions meilleurs que les autres. Cela veut juste dire que nous étions plus conformistes que les autres! Que parfois même nous savions faire croire que nous étions bons, parce que nous avions compris ce qui était attendu de nous. Je ne comprenais rien à la chimie, j'ai fait semblant de comprendre en apprenant par coeur et j'ai été reçu. Ça ne veut rien dire! Il faut annuler les concours et ne proposer que des examens. Tous ceux qui ont le niveau sont reçus. Il en est ainsi à l'école polytechnique de Zürich. Tous ceux qui ont le niveau y sont admis. Nous avons comparé le nombre de Prix Nobel issus de chacune des deux écoles. 27 sont sortis de l'école de Zürich et seulement 2 de celle de Paris." L'émulation permet de favoriser l'entraide, le soutien et l'encouragement. Au lieu de marcher sur le plus faible, l'émulation nous apprend à lui tenir la main.

Promouvoir l'émulation, annuler la compétition en aidant les enfants à construire des liens avec les autres, avec les éléments, avec la Terre, laisserait entrevoir des pistes intéressantes dans la lutte contre l'échec scolaire. A plus long terme, en essayant de faire émerger en eux le sentiment d'appartenir à un tout dans lequel leur fonction est indispensable, sinon le surhomme ne peut exister, l'éducation au développement durable devient cohérente et donne quelques espoirs pour l'avenir de la Terre.


"Comprendre que l'on n'a pas compris est le début de l'intelligence."

Albert Jacquard

Texte envoyé par Arnaud, CPE au Lycée Polyvalent


Publié dans Le p'tit blog de l'AIS

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